Stratégie du Pays d’Iroise pour gérer les risques littoraux
Stratégie du Pays d’Iroise pour gérer les risques littoraux

Stratégie du Pays d’Iroise pour gérer les risques littoraux

Date : 20/02/2024

Sujet :

Un texte concernant la stratégie de la CCPI en matière de gestion des risques littoraux a été proposé au vote des élus communautaires.

 

Introduction

Le document détaille la stratégie de Pays d’Iroise Communauté pour gérer les risques littoraux. Les axes prioritaires incluent la gestion et la surveillance des ouvrages côtiers, l’intégration des risques dans l’urbanisme, et l’adaptation des infrastructures. Il propose aussi de développer l’alerte et la gestion de crise, encourager une gestion naturelle dans certaines zones, et sensibiliser le public aux risques côtiers.

Cette approche multidimensionnelle semble bien alignée avec les nécessités actuelles face au changement climatique, toutefois, l’efficacité réelle dépendra de l’implémentation concrète et du suivi des actions proposées.

Ce billet présente le contenu de ce texte puis donne notre analyse de la situation, en particulier pour Plougonvelin. Un point préalable important est cependant à noter : à aucun moment il n’est fait mention des hypothèses en matière de changement climatique qui ont été retenues pour écrire le document CCPI. C’est une réelle faiblesse.

Les zones de submersion

Le document identifie huit zones de submersion ce qui semble peu au regard de l’urbanisation importantes des zones côtières basses, en particulier sur la côte nord.

À Plougonvelin, le TrezHir est clairement identifié en zone submersible (enfin ! cela fait des années que nous le disons) mais oublie le Pertzel et Porzmilin.

2024 : zone submersion plougonvelin
Zones submersibles en Iroise (extrait du texte CCPI)

Le cas des falaises, pourtant préoccupant, est totalement ignoré. Voici une simulation de cartes de montée des eaux (sources Climate Central) :

Zones submersibles +1.5°C/1.7°C
(simulation Climate Central)

Les actions

La stratégie de gestion des risques littoraux de Pays d’Iroise Communauté repose sur sept axes principaux :

  1. gestion des ouvrages côtiers,
  2. la surveillance et le suivi du littoral,
  3. l’intégration des risques côtiers dans l’urbanisme,
  4. l’adaptation des infrastructures et du bâti aux risques côtiers,
  5. le développement de l’alerte et la gestion de crise,
  6. la gestion naturelle des sites à faible risque,
  7. et la sensibilisation et l’information du public sur les risques côtiers

 

actions
Actions définies

Analyse critique

Quel scénario ?

Comme nous l’avons relevé en introduction, la principale faiblesse de ce document est qu’il ne précise pas sur quel scénario est établi ce plan. Ni l’objectif stratégique ce qui est un non-sens pour un document dit stratégique.

Lors de la dernière campagne des municipales, Cap Plougonvelin avait retenu l’hypothèse d’une hausse de +1m à la fin du siècle. Or depuis, comme rien d’efficace n’a été fait, c’est-à-dire ici rien ne permettant de constater un arrêt de la hausse du niveau des océans, cette hypothèse apparaît optimiste. On constate au contraire une accélération de la montée des eaux et le scénario de +1m en 2050 ne peut plus être exclu. Dans 26 ans donc.

Montée des eaux
Observation de la variation du niveau de la mer par an

Quels risques ?

Deux types de risques sont traités dans le document. Un risque lié à l’urbanisme (habitat, réseaux) et un risque d’ordre économique (ports). Tous les deux découlent d’une submersion par l’océan, donc exclusivement liés aux zones basses.

Cependant, à nouveau, on ne voit pas quels sont les scénarios envisagés. Par exemple pour l’urbanisme, s’agit-il d’une dégradation des bâtiments (humidité, dégradation saline), un risque sur l’alimentation électrique ou les réseaux de communication, une dégradation des capacités de traitement des eaux usées ? Une évacuation de la population est-elle envisagée ? Des conséquences sociales sont-elles prises en compte ? Des désordres civils sont-ils redoutés ? Rien n’est précisé.

Un deuxième risque est lui totalement ignoré : celui de l’effondrement des falaises. Une partie de la côte, en particulier à Plougonvelin, est fortement soumise à un risque d’effondrement de falaise à la fois à cause des assauts de l’océan et de l’érosion liée aux précipitations. Ici le risque d’effondrement est directement associé à un risque pour la vie des personnes. Autant la montée des eaux est progressive, autant un effondrement se produit en quelques secondes. Les falaises encadrant le TrezHir sont soumises à un tel risque.

Quant au risque économique, s’il est abordé via les ports, rien n’est dit sur les zones agricoles pouvant être affectées par une remontée de sel (eaux saumâtres de la nappe phréatique, extension des rias, …). Ceci impacterait directement l’agriculture et toutes les activités fortement consommatrice d’eau, entre autres le tourisme (l’Iroise consomme déjà plus d’eau qu’elle n’en consomme habituellement)..

Cette liste des risques n’est pas exhaustive.

Quels actions mettre en œuvre ?

Si des actions concrètes sont envisagées, aucune précision n’est donnée.
 
Par exemple, sur l’action 12 « Adapter ou déplacer le réseau routier« , à Plougonvelin qu’est-ce que cela pourrait bien signifier de façon prévisible ?
Il suffit de suivre l’évolution du mur de l’Atlantique dans le virage de la rue de Gourmelin pour prévoir son effondrement total et donc un risque plus que probable d’entraîner la route. 
Doit-on attendre que cela se produise ? Peut-on l’empêcher ? Le retarder ? Que veut-on ? 
Il est parfaitement possible d’envisager des choses (nous avions proposé il y déjà 4 ans de travailler sur la reconstitution de la dune, mais ce n’est pas la seule option). S’adapter après l’effondrement de la route ne nous paraît pas une option acceptable, d’autant plus que des habitations sont directement menacées.
Effondrement progressif du mur de l'Atlantique, virage rue Gourmelin
explosion de la dune de porsmilin
Explosion de la dune à Porsmilin en 2020
trez hir
Reconstitution rapide d'une dune pendant le confinement Covid

 
L’action 14 me paraît également étonnante : « Accompagner les communes dans l’élaboration du Plan Communal de Sauvegarde« . Il s’agit encore une fois d’un point soulevé lors de la dernière campagne municipale. En France, les communes ont effectivement l’obligation d’établir des plans de sauvegarde, connus sous le nom de plans communaux de sauvegarde (PCS) et, dans certains cas, de plans intercommunaux de sauvegarde (PICS). Ces obligations ont été étendues et précisées par la loi dite Matras du 25 novembre 2021 et par un décret publié en juin 2022. Est-ce à dire que toutes les communes du territoire n’en n’ont pas et se sont assises sur la loi ?

Conclusion

Ce texte intercommunautaire est à la fois générateur d’un « ouf ! » de soulagement puisqu’enfin, un nombre suffisant d’élus osent nommer le problème et affronter la réalité des impacts du changement climatique dans nos communes. Nous nous sentons moins seuls !

Mais il est cependant fort tard et nous sommes loin de prendre les décisions liées à l’Urgence Climatique que les Citoyens d’Iroise essayaient de faire reconnaître il y a un an, sans grand succès, et surtout désormais de la Crise Climatique qui a démarré, non pas à l’autre bout du monde, mais dores et déjà dans notre pays, sur nos côtes et dans nos campagnes.

Oui nous sommes face à un gros problème. Il ne suffit plus de dire « oui mais », « certes mais ne dramatisons pas ». Ce texte de la CCPI est nécessaire mais il doit être retravaillé pour dire clairement quels sont les scénarios retenus et allouer au plus vite toutes les ressources nécessaires à la gestion des impacts du changement climatique.

Il appartient également à tous les citoyens de se mobiliser pour agir par eux-même ou faire agir leurs élus. Acheter un transat pour regarder la mer monter n’est pas une option acceptable.

Compléments

cap plougonvelin

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