Les lunettes de l’économie numérique

Sortie du livre les lunettes de l'économie numérique

 

Le dernier ouvrage de Philippe Ris,

 

"Les lunettes de l'économie numérique,

Comment comprendre la nouvelle économie en 17 règles"

 

sortira le 17 avril

en version papier et e-book.

En voici un petit aperçu en vidéo :

Emploi & économie numérique (2/2)

L’impact du numérique sur l’emploi au sein des entreprises

Si dans un monde numérique les actifs ont la possibilité et l’intérêt de passer à une nouvelle définition de l’emploi, qu’en est-il pour les entreprises ?

Le modèle de l’entreprise « vieille économie »

emploi-3Traditionnellement une entreprise c’est un ensemble de moyens de production dont les revenus servent à financer son fonctionnement et rémunérer des tiers. Dans le vieux modèle, on a besoin d’argent pour les apports en capital (beaucoup) et le BFR (plus ou moins). L’autre élément de production est le travail fourni la plupart du temps par les salariés de l’entreprise et des tiers sous-traitants et partenaires.
De façon simplifiée, la valeur ajoutée créée par l’entreprise permet de rémunérer les actionnaires et de financer la protection sociale

L’impact du numérique sur l’entreprise

emploi-4Comme pour les actifs, le numérique va avoir des conséquences profondes sur le modèle de l’entreprise.
Tout d’abord, une entreprise numérique n’a besoin que de très peu de capitaux d’investissement, mais énormément pour ses fonds de roulement (on peut créer une startup numérique avec quelques euros, mais si le modèle est bon elle va consommer des millions d’euros à un rythme accéléré jusqu’à arriver à son potentiel).
L’évolution la plus fondamentale concerne cependant le travail. Lorsque l’on compare AirBnB et AccorHotels, il apparaît facialement que le premier est infiniment plus productif que le second puisqu’ils ont une capacité supérieure de location tout en employant moins de personnel. Or la réalité est exactement inverse. La productivité d’AirBnB est probablement catastrophique mais la société utilise un mécanisme très important de l’économie numérique : la désintermédiation ou plutôt ici la dislocation de la chaîne de valeur permettant de produire le service. Dans un tel modèle, la société utilise le capital personnel de production de certains individus (ses clients « bailleurs ») en remplacement de son personnel salarié mais aussi de ses investissements (ici dans des chambres d’hôtel). Une grosse partie de la production est réalisée par les clients eux-même, ce qui est classique en économie numérique.
Enfin, dans un tel modèle, non seulement le prix de la prestation chute considérablement mais une partie peut parfaitement être démonétisée et payée sous forme de troc de services.
La conséquence directe est une chute des ressources financières pour rémunérer les actionnaires et financer la protection sociale ainsi qu’une diminution drastique du nombre de salariés dans les entreprises de la nouvelle économie.

Pistes de financement de la protection sociale

emploi-5Avec l’apparition du capital personnel de production, la notion même d’entreprise est brouillée (elle n’est d’ailleurs juridiquement pas si claire que cela). Toute personne, même mineure est désormais un producteur qui a la capacité de réaliser des échanges de valeur via le troc de services de l’économie numérique.
Ce modèle se révèle beaucoup plus efficace que l’ancien modèle de production et à moins de restreindre la liberté d’exploiter notre capacité personnelle de production, ce nouveau modèle s’impose à notre société et s’oppose à l’ancienne économie.
En attendant de savoir comment nous pouvons créer une protection sociale sur un modèle d’économie numérique, il faut trouver un moyen de la financer. La démographie ne permettait pas de financer correctement la protection sociale, la bascule généralisée dans l’économie numérique va aggraver la situation puisqu’on ne pourra plus s’appuyer sur l’emploi salarié.
Une première piste est de transférer l’intégralité des charges salariales vers une taxe sur les flux financiers quels qu’ils soient. Ceci doit être couplé à une disparition de l’argent non numérique. Les entreprises ne seront plus collectrices des taxes, ce sont les organismes en charge des flux qui le seront (les banques aujourd’hui).
Une autre piste serait d’introduire les mécanismes numériques dans la protection sociale. Après tout, si l’on adopte le point de vue d’un État vu comme un ensemble de services publics, on se retrouve avec un acteur particulièrement bien qualifié pour tirer tous les bénéfices d’une nouvelle économie qui est par nature une économie basée sur les services.

Conclusion

Les nouveaux mécanismes introduits par l’économie numérique incitent naturellement les individus comme les entreprises à considérer l’emploi salarié comme moins attractif. S’il est peu probable qu’il disparaisse totalement, il est en revanche très probable que l’on voit une accélération de la chute du nombre de salariés, ce qui menace directement le mode de financement de notre modèle social.
Pour des raisons fondamentales comme la liberté et le droit d’utiliser ses propres capacités pour entreprendre comme des raisons pratiques liées à l’efficacité de l’économie numérique, il est illusoire de penser stopper une évolution qui s’impose très rapidement à nous.
Il est par contre nécessaire et urgent de s’approprier ce sujet et de choisir en toute connaissance de cause du nouveau modèle de nos sociétés et de notre société.

Emploi & économie numérique (1/2)

Vieux problème, nouveau contexte

Le chômage est un problème récurrent de notre société depuis plusieurs décennies. La numérisation très récente de notre économie semble perturber un peu plus les années d’activités professionnelles des personnes et il paraît bien difficile de savoir si l’émergence de cette nouvelle économie sera schumpétérienne ou ravageuse tant les outils classiques de décodage sont devenus obsolètes et hors du cadre. L’objet de cet article est d’essayer de comprendre comment les ressorts de la numérisation de notre monde peuvent agir sur l’emploi salarié classique.

Un réel impact sur l’emploi salarié

L’INSEE constate que sur les 15 dernières années, seuls 30% des emplois créés sont des emplois salariés et que la tendance est en accélération. Ceci colle assez bien à la période de numérisation de l’économie qui débuterait réellement après la bulle internet et décollerait vers les années 2008-2012.

Par ailleurs, si l’on compare AirBnB et le groupe AccorHotels qui sont deux acteurs de référence sur le même marché mais fonctionnent avec l’ancien et le nouveau modèle économique, on constate que l’acteur numérique emploie plus de cent fois moins de collaborateurs (1.500 contre 180.000) pour gérer presque deux fois plus de chambres (800.000 contre 480.000).

Enfin, dans une étude présentée à Davos en 2016 faite sur 15 pays représentant 65% de la population mondiale de salariés, on estimait que l’économie numérique créerait 2 millions d’emplois mais en détruirait 7 dans les 5 ans.

Très factuellement, on ne peut que constater un effet fortement destructeur de l’emploi classique. Mais quels en sont les ressorts et est-ce si subi que cela ?

L’architecture classique de notre société

pyramide-age-1954-2015 Notre modèle de société a été bâti sur une démographie « pyramidale » découpée en trois âges articulés autour de la vie active des citoyens.

Le fait que la démographie soit devenue « cylindrique » explique grandement nos problèmes d’équilibre financier du modèle.

Dans l’ancien modèle de société, de 0 à 25 ans environ, le citoyen en devenir est totalement pris en charge pour sa protection, ses soins et son éducation / formation. De manière similaire vers 60 ans il est pris en charge pour ses soins et sa dépendance et est financé par sa retraite.

Dans sa période active, il finance sa protection sociale (chômage, maladie) et sa formation à partir de son emploi.

Et si l’on y regarde de plus près, l’emploi recouvre en fait (dans l’ordre habituel de priorité) ses revenus, son statut social et son accomplissement personnel.emploi-1

L’impact du numérique sur la vie active

Certains mécanismes de l’économie numérique changent radicalement les choses.

En particulier, la numérisation du monde rend possible l’émergence d’un capital personnel de production qui est consubstantielle aux individus mais qui ne peut que très rarement être valorisé dans l’ancienne économie. Par nos savoirs, savoir-faire, possession ou simplement ce que nous sommes, nous disposons tous d’un capital individuel de production. À travers les mécanismes de troc de services ou l’échange collaboratif, ce travail est facilement valorisable, et donc source d’échanges de richesses. Parallèlement, le mécanisme de démonétisation de la valeur de certains échanges (le freemium) permet une « non-dépense » sur nombre de nos besoins.

En synthèse, il est possible à la fois de dépenser moins (en monnaie) tout en échangeant plus (sans monnaie).

L’émergence de ce capital personnel de production a un impact direct sur l’ordre de priorité définissant l’emploi : l’accomplissement personnel peut devenir prioritaire, puis le statut social et enfin la nécessité d’un revenu.

L’économie numérique permet à l’individu d’échapper aux contraintes de l’emploi salarié habituel. C’est un phénomène que l’on constate chez les jeunes générations avec la promotion du jeune créateur de startup mais aussi chez les quarantenaires qui après une vie classique de salarié s’émancipent et deviennent leur propre patron. Les seconds ont l’avantage sur les premiers de pouvoir s’appuyer sur un capital accumulé dans l’ancienne économie.

Enfin, dernier changement, l’émergence d’un capital de production abaisse l’âge d’entrée dans la vie active (les jeunes youtubers en sont de beaux exemples) et il en retarde la sortie (l’usure numérique du capital de production est lente).emploi-2

La protection sociale des actifs de l’économie numérique

Il se pose naturellement le problème de la gestion de la protection sociale dans un tel modèle : assurance maladie, assurance chômage et formation. La mise en place d’une allocation citoyenne universelle (revenu de base) paraît de plus en plus inévitable. Elle remplacerait le système actuel très complexe, parfois inefficace et imparfaitement financé. Elle assurerait un niveau minimal de sécurité en particulier pour les individus comprenant mal la façon de valoriser leur capital personnel de production.

Il est d’ailleurs indispensable dans le monde qui émerge de déployer un immense effort d’alphabétisation numérique, à commencer par nos gouvernants et dirigeants.

Le numérique s’est imposé à notre société, cela n’a pas été un choix. Par contre certains aspects telle que la protection sociale doivent faire l’objet d’un vrai choix. Notre système social actuel a été bâti dans des conditions structurelles radicalement différentes de celles d’aujourd’hui.

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NB : ce texte est le support de la conférence donnée le 3 février 2016

Conférence sur l’emploi & l’économie numérique

2015-philippe-ris-portraitJ’interviendrai le vendredi 5 février à Saint Renan dans le cadre d’une réunion publique organisée par le député de la circonscription de Brest Abers Iroise sur le thème de l’emploi et de l’économie numérique :

  • la numérisation de l’économie a-t-elle changé la donne de l’emploi ? Présentation de quelques éléments statistiques & comparaison dans le domaine de l’hôtelerie
  • du point de vue des individus, qu’est-ce que l’emploi en économie classique et en économie numérique ?
  • du point de vue du dirigeant d’entreprise, qu’est-ce que l’emploi en économie classique et en économie numérique ?
  • pistes de réflexion pour une nouvelle politique de l’emploi

Image, Imprimerie, Internet, Enquête à travers le temps sur les outils qui ont changé l’Homme.

Image, Imprimerie, Internet,
Enquête à travers le temps sur les outils qui ont changé l’Homme.

image-imprimerie-internet
Rien ne distinguerait la rencontre d’un homo sapiens né il y a plus de 200.000 ans avec un Homme d’aujourd’hui, et d’une rencontre entre vous et moi.

Pourtant homo sapiens qui s’exprimait avec l’art pariétal est très différent de celui qui a pour la première fois écrit l’Epopée de Guilgamesh et encore plus de celui qui a appris à surfer avec Google.

jeudi-plair-philippe-ris-225x300Sous la forme d’un enquête policière, Les Jeudis de Plair vous proposent une enquête à travers le temps pour comprendre comment trois armes en apparence bien innocentes, l’image, l’écriture et l’internet, sont au cœur des cataclysmes qui ont changé à jamais l’homme pré-historique puis l’homme pré-numérique.

À travers ce survol historique, l’ambition finale de cette conférence est de mieux faire comprendre la nature et l’ampleur des changements induits par la numérisation de notre monde.

Le conférencier, Philippe RIS, Docteur es Sciences informatiques, a fondé en 2009 une société de conseil en stratégie numérique, Auris Solutions, qu’il dirige toujours. Sa vision à la fois scientifique, philosophique et économique éclaire d’un jour particulier l’incroyable rupture de notre époque.

La conférence aura lieu à la salle hippocampe (office du tourisme de Plougonvelin) le jeudi 29 janvier 2015 à 18h30 :

Moi Citoyen !

Le changement c’était maintenant

Climat, énergie, société, numérique, tout autour de nous change à une vitesse inédite. Pourtant, l’organisation politique de notre pays n’arrive pas à suivre ces changements et encore moins à les anticiper alors que l’attente des citoyens est plus que forte.

Mon propos n’est pas ici de faire un procès trop facile à la classe politique. Bons ou mauvais, nous les avons élus, que ce soit par conviction ou par défaut. Je ne veux donc pas parler de ce qu’ils n’ont pas fait, su faire ou voulu faire, mais bien de ce que nous, citoyens allons faire.

Pourquoi maintenant ?

Qu’est-ce qu’il y a de particulier aujourd’hui qui nous oblige impérieusement à l’action ?Principalement les circonstances qui condamnent le statu quo .

  • Si nous n’agissons pas pour contenir l’augmentation de la température de notre climat, les tempêtes ravageront encore et encore nos côtes et nos villes comme cet hiver et généreront bien d’autres maux.

  • Si nous n’agissons pas pour accélérer la transition énergétique, les coûts de déplacement, de chauffage et de production deviendront inabordables pour les plus faibles.

  • Si nous ne réorganisons pas les équilibres au sein de notre société, les individualistes et les corporatismes finiront par la mettre à terre.

  • Si nous n’accompagnons pas la rupture numérique, nos concitoyens vont se trouver en grande détresse dans un monde devenu incompréhensible.

Nous n’avons donc pas d’autres choix que de changer la société et à l’évidence, l’organisation actuelle de notre République ne permet pas de répondre à l’urgence et à l’ampleur de la tâche.

Il ne s’agit pas de condamner le personnel politique, mais bien d’acter de l’impuissance structurelle de notre organisation politique.

Où cibler le changement ?

Nous disposons de quatre leviers pour agir :

  • le pouvoir législatif

  • le pouvoir judiciaire

  • le pouvoir exécutif

  • et le pouvoir médiatique

Depuis la révolution internet, le pouvoir médiatique est déjà largement passé entre les mains des citoyens. La transition n’est sans doute pas encore totalement achevée, mais ce n’est pas là où il y a une absolue nécessité à engager nos forces.

Les pouvoirs législatifs & judiciaires demandent à la fois du temps, du recul, des compétences, de la concertation et de la rationalité qu’un citoyen moyen peut difficilement garantir. Ce n’est donc pas là non plus que nous pouvons espérer à court terme changer les choses.

Reste donc le pouvoir exécutif, et c’est justement là que peuvent se rencontrer les possibilités offertes par ce nouveau monde en construction et la volonté d’agir de chaque citoyen.

L’objectif n’est donc plus de choisir ceux qui vont changer le monde pour nous, mais bien de s’organiser pour changer nous-même le monde proche de nous. Nous devons nous donner les moyens d’être des pouvoirs exécutifs locaux d’un nouveau genre.

Comment ?

L’ère de la société numérique qui s’ouvre nous offre tous les outils qui manquaient jusqu’à présent :

  • moyens universels et quasi gratuits d’information et d’échanges

  • moyens de co-construction (élaboration et production collective)

  • moyens de financement participatif

  • moyens de contrôle

  • moyens de choix / vote

Au-delà des outils, notre société est suffisamment riche pour que des personnes puissent prendre sur le temps pour accompagner et mener des projets d’intérêt collectif.

Les citoyens que nous sommes ont donc les moyens d’agir sur des projets décidés localement en commun. Ceci était plus difficile dans l’ancien monde ce qui justifiait alors l’organisation politique que nous jugeons aujourd’hui défaillante.

L’idée directrice est de créer des structures d’échanges destinées à regrouper les citoyens décidés à s’engager localement dans l’action, de collecter les projets d’action, de vérifier leur faisabilité, de décider quels projets mener et naturellement de les mettre en œuvre.

Quoi par exemple ?

Il suffit de regarder autour de soi pour trouver mille initiatives qui ne demandent qu’à être organisées et déployées localement :

  • organisation de circuits économiques courts

  • organisation de la vie de quartier (surveillance des enfants, tranquillité de voisinage, partage de biens, …)

  • utilisation des espaces publiques pour planter des espèces végétales consommables, partages de jardin

  • rénovation de biens collectifs et/ou historiques

  • mobilisation pour l’entraide & l’action sociale

  • co-partage (voiture, habitat, …)

Agir c’est maintenant !

La possibilité d’agir localement (seul ou par association) n’est pas nouvelle. Ce qui est nouveau ce sont les outils qui démultiplient à un niveau inédit notre puissance d’action.

Je veux tenir le pari qu’il est possible de transférer une large partie du pouvoir exécutif local aux citoyens eux-même sans passer par le mécanisme de démocratie participative qui semble unanimement condamné car impuissant à résoudre les défis périlleux qui nous font face.

Moi citoyen, je veux être l’acteur du changement, je veux être celui qui agit pour faire changer les choses qui dépendent de l’action locale. La nécessité est présente. Les outils sont là. Combien d’entre-nous auront la force et le courage de passer à l’action ?

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