À la reconquête de l’économie de nos bourgs

Deux bourgs : un même problème

Locmaria-Plouzané et Plougonvelin sont deux communes voisines et elles ont en commun, comme tant de villes et villages du pays d’Iroise et au-delà de France, de devoir affronter le problème de la très grande faiblesse de l’économie de leurs bourgs. Ce problème est à ce point préoccupant que le gouvernement a lancé des actions nationales pour essayer de le traiter.

Depuis déjà deux ans, je donne à Brest Business School un cours sur l’évolution du modèle économique des commerces de détail dans notre pays. Manifestement, la situation de nos deux communes se prêtait particulièrement à une explication de texte pour la réunion à laquelle j’étais conviée en ce lundi 25 novembre.

 

Le succès d’un modèle économique dépend de son époque

De façon (très) synthétique, trois modèles de commerce de détails se sont succédés depuis un siècle dans nos communes rurales :
  •  la boutique de proximité proposant des produits de base et souvent adjointe d’un débit de boisson (élément culturel très français)
  • le supermarché dont le modèle en France doit pas mal à Edouard Leclerc (offre large de produits au prix le plus bas possible)
  • et aujourd’hui le modèle Amazon qui peut se voir comme une généralisation du modèle de centre commercial « classique » à la planète numérique.
Ces modèles se sont succédés dans le temps mais ils ne se sont imposés que lorsque les conditions structurant la société et faisant progresser la technologie ont été réunies. Si le supermarché a au fur et à mesure du temps supplanté la petite boutique de proximité c’est parce que les conditions et attentes de la société et les moyens du moment l’ont permis. Si aujourd’hui le e-commerce attaque frontalement ce qu’il reste du commerce dans nos bourgs mais également la grande distribution c’est parce qu’à nouveau, notre façon de vivre et l’évolution technologique font de ce modèle un modèle économiquement plus efficace que les autres. Et il est inutile d’espérer résister par un militantisme de la consommation : ce n’est vraiment pas la bonne façon de sauver l’économie de nos bourgs. Au mieux ce serait un acte de résistance, mais il y a mieux à faire.
Soyons clair, en l’état et si nous ne prenons pas les bonnes mesures, le e-commerce va détruire une grande partie du commerce, qu’il soit au cœur de nos bourgs ou dans nos super et hyper-marchés.

Résistons et gagnons la bataille du commerce de nos communes

Nos commerces locaux disposent d’au moins trois armes plus puissantes que celles des géants du e-commerce.
  1. La visibilité numérique : « notre ami google (et ses autres amis) » est le point d’entrée du e-commerce et c’est devenu par la force des choses un quasi-monopole que nos commerçants ont laissé filé. Or il se trouve que le nom de nos communes est un bien public qui est de facto un monopole naturel. De même que l’organisation des places de marchés « physiques » est la compétence exclusive des municipalités, nos communes doivent reprendre l’avantage en se servant de leur nom pour devenir le point d’entrée des marchés numériques. Pour plus d’efficacité, ceci pourrait être fait de façon coordonnée avec les moyens des intercommunalités.
  2. Le renforcement du caractère local : les coiffeurs par exemple ont peu de choses à craindre des géants du web parce que par nature, leurs services sont forcément rendus physiquement là où est le client. C’est la deuxième clé de la reconquête économique de nos bourgs. Quelle que soit les services ou produits vendus, si le commerçant local réussi à augmenter la force et l’intérêt de la relation directe et physique avec son client, il diminue symétriquement l’intérêt de l’offre des sociétés de e-commerce. La relation client physique doit être partie intégrante du produit ou service vendu.
  3. L’offre spécifique contre l’offre industrielle : dernière clé de reconquête, le spécifique, la personnalisation est un élément que le commerce et l’artisanat local doivent jouer contre les produits généralement industriels du web. Il est beaucoup plus facile de personnaliser un produit là où est le client qu’à distance, c’est un avantage structurel. Il reste à régler le problème du coût puisqu’un produit industriel coûte normalement moins cher qu’un produit fait à l’unité. Or ici, c’est la technologie qui doit finir de donner l’avantage à la production locale : les nouveaux outils numériques de production comme l’impression 3D permettent de produire à l’unité des objets dont l’écart de prix de vente n’est pas forcément très éloigné de produits industriels intégrant les coûts de toute la chaîne de valeur. Dans certains cas, ce prix peut même être inférieur. En tout cas, cela ouvre la possibilité de faire renaître des métiers traditionnels comme ceux de la cordonnerie ou de la réparation qui ont presque disparu.

Conclusion

Depuis plusieurs décennies nous voyons nos commerces locaux décliner.

Et depuis plusieurs décennies les forces qui poussaient à ce déclin étaient irrésistibles : d’abord au profit de la grande distribution puis ensuite au profit de celui du e-commerce.

Pourtant l’évolution technologique, l’injonction de répondre aux problèmes créés par le changement climatique et l’évolution de la société elle-même ouvrent la possibilité d’une renaissance de nos commerces locaux. Ceci doit se faire naturellement par l’initiative privée mais cela passe pour certains aspects par l’implication politique locale et la période pré-électorale est particulièrement propice à la prise de conscience et surtout à la mobilisation.

Si on laisse le champ libre aux grandes sociétés du web, dans un mandat communal nos commerces locaux seront réduits à leur portion congrue. Si nous mettons en place une politique économique volontariste qui utilise les bons outils d’analyse et de mise en œuvre, alors nos commerces locaux redeviendront florissants.

Alors faites-vous connaître, rejoignez-nous, agissez !

 

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