(10) Baignades en eaux troubles, une saison en Pays d’Iroise.

CCPI Iroise

Date : 01/08/2022

Sujet :

Voici le dixième épisode du feuilleton de l’été publié par le collectif citoyens d’Iroise.

 

En qualité de membre du collectif des Citoyens d’Iroise, je relaie ici un travail collectif qui sera publié sous forme de feuilleton. J’ai pris la responsabilité de modifier sensiblement certains paragraphes (en italique) par rapport au texte original du collectif.

Résumé des épisodes précédents : certaines plages d’Iroise sont fermées préventivement avant chaque épisode de pluies importantes, dans la plus grande discrétion, et en raison d’importantes pollutions bactériennes devenues récurrentes. Les raisons sont multiples mais les plus grandes sources de pollution sont clairement identifiables. Cependant, des manipulations sont opérées dans le processus de contrôle ce qui aboutit à faire perdurer la situation pourtant parfois sanitairement très dégradée des plages.

Nos élus et l’administration auront-ils le courage de regarder la réalité en face et d’agir ?

Même si elle a concédé quelques erreurs, l’ARS Bretagne n’a pas voulu corriger les classements faussés par les pratiques décrites précédemment.
On ne peut s’empêcher de penser que l’ARS est parfaitement informée des causes réelles des pollutions. Il ne semble pas possible que l’ARS Bretagne n’ait pas compris les risques sanitaires qui découlent de la pollution des eaux de baignades et de leur gestion par les municipalités.

missions de l'ARS

On ne peut donc que constater ici que l’ARS de Bretagne a un fonctionnement corrompu du point de vue méthodologique et qu’elle ne prend pas les mesures et décisions nécessaires à la réalisation de sa mission. On peut légitiment supposer que des intérêts économiques interfèrent fortement dans sa mission de santé et constater que ni l’administration préfectorale ni les élus décisionnaires du communautaire du pays d’Iroise n’interviennent positivement pour rétablir le fonctionnement normal des choses.

 

La République faillit à sa mission en pays d’Iroise.

conseil communautaire

La suite se passera donc au tribunal administratif qui a été saisi par plusieurs associations et tranchera sur la légalité de ces pratiques.

Mais de même que la carte n’est pas le territoire, les classements erronés ne sont pas le problème de fond qui reste l’origine des pollutions… C’est aux élus qu’il appartient de se mobiliser et d’agir contre elles, soit directement si l’action est de leur compétence, soit en se tournant vers l’État. Car c’est l’État qui continue à autoriser systématiquement tous les agrandissements d’élevages et l’épandage des effluents sur les bassins versants qui polluent leurs plages. Ces éleveurs sont eux-même pris dans une sorte de cavalerie financière qui les obligent à grossir toujours plus en s’endettant encore et encore pour payer leurs dettes tout en tuant les exploitants les plus affaiblis par ce système.

⇨ Pour certains élus le choix est schizophrénique ; ils sont en plein conflit entre des liens trop forts avec le secteur agro-industriel, les intérêts du tourisme, l’intérêt sanitaire général et même leur propre santé et celle de leur famille.

Conclusion

Aux électeurs de se mobiliser pour leur rappeler comment doivent se faire les arbitrages entre intérêt général et intérêts particuliers et prendre enfin en compte les intérêts des citoyens et du secteur du tourisme, un des plus essentiel pour notre territoire.

bandeau citoyens iroises
Pour marque-pages : Permaliens.

Un Commentaire

  1. Episode 11 : vos questions, nos réponses.

    ⇨ Au cours des 10 épisodes qu’a duré notre feuilleton, vous avez été TRÈS NOMBREUX/EUSES à nous suivre, notamment sur les réseaux sociaux. Vous avez également réagi au moyen de questions et de demandes d’éclaircissements complémentaires.

    En voici quelques-unes parmi celles qui nous ont semblé les plus pertinentes, ainsi que les éléments de réponses que nous pouvons y apporter.

    Soyons clairs : nous n’avons pas forcément réponse à tout, mais certains d’entre-nous étudient et maîtrisent très bien le sujet pour l’avoir étudié depuis maintenant bien des années, malheureusement. Ensuite, la contradiction, lorsqu’elle est bienveillante, est source de discussion, de réflexion, et d’évolution dans nos systèmes de pensée comme dans nos actes.

    Évidemment, à ceux qui nous reprochent de “leur chanter la messe”, nous n’avons pas grand-chose à répondre car cela laisse peu de place à une discussion intelligente.

    Aux autres, qui ont parfois posé beaucoup de questions dans le seul but de comprendre, sans accepter benoîtement et d’emblée nos explications, qu’ils/elles en soient grandement remerciés Ce dernier épisode est pour eux.

    ⇨ Question : Quels critères vous permettent de dire que ce ne sont finalement pas des pollutions à court terme?

    Notre réponse :

    Après tout, en effet, la règle pourrait permettre d’éliminer les pollutions, à condition qu’elles soient de courte durée.

    Mais ce n’est pas le cas : la directive fixe 4 conditions, dont deux seulement sont réunies en Iroise :

    1 – Qu’il s’agisse d’une pollution bactériologique, ce qui est le cas.

    2 – Que la durée soit de moins de 72h, c’est généralement le cas également.

    3 – Mais aussi que « les causes soient clairement identifiables »… et là, ce n’est pas le cas ! La pluie est un événement déclenchant, mais les bactéries, causes de la pollution, viennent d’ailleurs et l’ARS n’en sait rien (ou fait semblant de ne rien savoir). Et aucune enquête n’est menée par la mairie ou l’ARS pour identifier ces causes.

    4 – Enfin, dernière condition, « pour laquelle l’autorité compétente a établi des procédures afin de prévenir et de gérer de telles pollutions à court terme, telles qu’établies à l’annexe II ». Noter : « prévenir les pollutions » (donc, il ne suffit pas de sortir les baigneurs de l’eau…).

    D’ailleurs, l’annexe II distingue bien les « mesures de gestion » destinées à protéger les baigneurs, et « des mesures de gestion adéquates [soient] prises pour prévenir, réduire ou éliminer les sources de pollution« .

    La fermeture préventive, même baptisée « gestion active », n’est évidemment pas une « mesure de gestion adéquate ».

    Voici par exemple les événements rapportés par la France à l’UE en 2020 pour la plage d’Illien à Ploumoguer (N° européen FRH229201M029460) :
    season bathingWaterIdentifier periodType startDate endDate managementMeasures
    2020 FRH0229201M029460 bathingProhibition 11/06/2020 19/06/2020 Conditions météorologiques défavorables
    2020 FRH0229201M029460 bathingProhibition 27/06/2020 02/07/2020 Conditions météorologiques défavorables
    2020 FRH0229201M029460 bathingProhibition 25/07/2020 28/07/2020 Conditions météorologiques défavorables
    2020 FRH0229201M029460 bathingProhibition 13/08/2020 08/09/2020 Conditions météorologiques défavorables
    2020 FRH0229201M029460 bathingProhibition 15/09/2020 17/09/2020 Enquête environnementale en cours.
    2020 FRH0229201M029460 bathingSeason 15/06/2020 16/09/2020
    2020 FRH0229201M029460 shortTermPollution 14/09/2020 16/09/2020 Arrêté municipal interdiction baignade

    Explications :

    ➔ Saison de baignade du 15/06 au 16/09 = 4 fermetures préventives (« bathing prohibition »), une pollution détectée le 14/09 entraînant une interdiction de baignade à partir du 15/09, retour à la normale constaté par le prélèvement de contrôle du 16/09, fin d’interdiction de baignade le 17/09.

    ➔ Aucune indication de la cause de la pollution (sinon « conditions météorologiques défavorables »), une enquête environnementale serait en cours (?), pas de mesures de gestion sinon la fermeture de la plage… et pourtant, l’événement est classé « ShortTermPollution », c’est-à-dire « Pollution à court terme », alors qu’il ne réunit que deux conditions sur les quatre fixées par la directive.

    ➔ Et à Ploumoguer, il semblerait que la pollution des plages vienne seulement de la mer ! https://www.ploumoguer.bzh/pollution-des-plages.php

    ⇨ Question : pourquoi dites vous que rien n’est fait par ceux qui s’occupent de tout ça ?

    Deux cas principaux :

    ➔ Soit les pollutions proviennent de l’assainissement collectif ou individuel, et c’est à la CCPI et aux mairies d’agir, par exemple en contrôlant les ANC (Assainissements Non Collectifs) et en obligeant à réparer les installations défectueuses.

    La CCPI a la compétence sur les ANC depuis 2005 or son action dans ce domaine est très insuffisante. Pour s’en convaincre, il suffit de jeter un œil aux RPQS (Rapports Prix Qualité des Services) présentés chaque année en séance plénière du Conseil Communautaire : bien trop peu de contrôles…

    Quant aux mairies, elles n’exercent pas leur pouvoir de police, qui ne se limite pourtant pas à envoyer des lettres recommandées….

    ➔ Soit elles proviennent de l’agriculture (donc, essentiellement des épandages).

    A ce sujet, la CCPI a rémunéré la Chambre d’Agriculture pour mener auprès des éleveurs une enquête (aux frais des pollués donc), qui s’est limitée à l’analyse des fuites éventuelles aux sièges des exploitations. Rapport public en trois pages, pour en arriver à cette conclusion : « tout va bien, il n’y a rien à voir ». Évidemment, si on contrôlait les ANC de la même manière, ils seraient eux aussi tous aux normes !

    D’où notre conclusion, qui est que les actions sont très insuffisantes, sauf en matière de communication : “tout va bien, la situation s’améliore…”

    ➔ Enfin, les profils de baignade ne sont pas facilement accessibles, en Iroise notamment : il n’y a sur le site du ministère de la santé qu’un résumé en une page de rapports techniques qui font généralement une centaine de pages, qu’on peut certes demander en mairie mais qui devraient être disponibles en ligne. Et qui ne font que la synthèse des études existantes, sans la moindre étude supplémentaire.

    ⇨ Question : quelle est ou quelles sont selon vous LA ou LES solutions qu’il faudrait envisager ?

    Voici quelques actions qui nous semblent indispensables :

    ➔ Commencer par reconnaître que les pollutions sont réelles (fin de la triche ARS) et inacceptables (fin du déni des élus et des pollueurs potentiels).

    ➔ Imposer enfin la mise à niveau des ANC non conformes sur les bassins versants des plages, avec astreintes et accompagnement via des aides éventuelles.

    ➔ Mener une étude systématique des pollutions bactériologiques des cours d’eau en amont des plages, afin de remonter aux sources des pollutions.

    ➔ Intégrer le suivi bactériologique des cours d’eau dans le suivi systématique du SAGE, et en publier les résultats en toute transparence.

    ➔ Saisir l’État pour qu’il impose l’évaluation et le suivi des rejets de bactéries dans le milieu aux ICPE (Installations Classées Pour l’Environnement), comme c’est déjà imposé aux stations d’épuration, et pour qu’il contrôle le reste des installations d’élevage soumises au règlement sanitaire départemental.

    ⇨ Fin de ce feuilleton, en espérant qu’il vous aura éclairé sur un sujet qui touche directement à notre santé et celle de nos proches.

    ⇨ Il existe d’autres sujets tout aussi importants en matière de santé en Pays d’Iroise. Nous en avons déjà abordé certains, d’autres suivront dans les mois à venir.

    ⇨ Enfin, Citoyens d’Iroise est un collectif ouvert à toutes et tous, sans exclusive et sans à priori.

    N’hésitez donc pas à nous contacter, encore moins à nous rejoindre : contact@citoyens-iroise.bzh

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