#Edito : les 8 mai du monde d’après

8 mai

Date : 08/05/2020

Sujet : édito de Philippe Ris sur le sens à donner aux commémorations historiques.

 

8 mai 1945 / 8 mai 2020

Lors de la dernière campagne électorale des élections municipales, j’ai eu la chance de faire une visite privée du mémorial Aux Marins. Mon souhait à l’époque était de pouvoir mieux comprendre quel sens pourraient avoir à l’avenir ces rendez-vous avec l’Histoire de notre pays. Et le mémorial de part son identité et sa vocation singulière est de ce point de vue particulièrement intéressant parce qu’il matérialise plus qu’une victoire, plus que le sacrifice d’un homme ou plus qu’un acte héroïque. Il y a certes un peu de tout cela, mais il y a sans doute aussi quelque chose d’autre.

Commémorer les guerres est une pratique assez liée au XXème siècle et la très grande majorité des monuments aux morts a été créée à l’issue de la première guerre mondiale. De fait la République rend un hommage appuyé aux soldats des première et seconde guerres mondiales et « fond » dans un tout peu identifiable le souvenir des autres campagnes que la France a pu mener depuis. C’est d’ailleurs, en première analyse, ce qui semble poser la question du maintien de ces cérémonies à l’avenir : tant qu’il y aura des témoins vivants il y aura une volonté de témoigner, mais après ?

L’après à mon sens ne doit pas être une affaire d’historiens nostalgiques ni se limiter à un rite éducatif à l’usage de quelques élèves d’école primaire ou de collège. Il doit encore moins être une étape républicaine convenue enchaînant impeccablement discours, clairon et cocktail.

Pourtant, tous ces monuments, ces lieux de mémoire semblent dire quelque chose de notre histoire et plus encore de notre futur. Mais quoi ?

La crise inédite que nous vivons nous donne peut-être une indication du sens de ces commémorations. Au fond, ce dont témoignent les personnes célébrées par ces monuments c’est leur engagement pour un futur commun possible. Certains l’ont fait contraints, d’autres animés d’une flamme héroïque ou patriotique, d’autres encore par devoir ou esprit de responsabilité familiale, mais au final quelles qu’aient été leurs motivations ils l’ont fait pour que nous ayons un avenir collectif conforme à une certaine idée de notre société, un certain esprit de la France. Je ne fais pas partie de ceux qui considèrent que la lutte contre le covid-19 soit comparable à une guerre mais ne retrouve-t-on pas ce même esprit animant les personnes qui tiennent leur poste au quotidien, poste qui semblait hier si insignifiant et qui se révèle aujourd’hui être indispensable. Ne reprennent-ils pas dans un mode propre à notre époque ce combat parfois jusqu’à la mort contre un avenir qui menace notre futur commun ? Ne travaillent-ils pas au milieu du chaos à rendre la construction du monde de demain possible ?

Je ne sais pas si la bataille de 2020 doit figurer quelque part sur nos monuments, mais il me semble bien qu’au delà des noms inscrits sur ces monuments, ce qui est vraiment porté et ce qui demeure au-delà du temps qui passe, c’est bien le message qu’en différentes époques notre pays a su fédérer des hommes et des femmes anonymes pour combattre un mal et préserver un avenir commun. Ces monuments sont des messages d’espoirs, exemplaires, venus du passé pour donner de la force à ceux qui veulent ou doivent construire l’avenir. Ce n’est pas qu’un témoignage de l’Histoire, c’est un encouragement issu de l’âme des ancêtres à destination des vivants.

Plus que des rendez-vous autour de monuments aux morts, ces cérémonies sont l’occasion de se rassembler autour de monuments intemporels témoignant du courage de ceux qui se battent quelle que soit l’époque pour préserver un avenir commun.

Philippe RIS

Memorial Aux Marins
Pour marque-pages : Permaliens.

2 Commentaires

  1. francoise sanquer

    j’ai longuement entendu et écouté les réflexions de mon grand père à propos de Verdun et de ses tranchées d’où il a eu la chance de revenir, et celles de mon père, parti en 39 , prisonnier évadé trois fois et repris deux fois . La dernière tentative fut la bonne . Je me souviens de leur colère à propos des témoins passifs de la première guerre et de ceux que mon père appelait les collabos de la seconde … aurons nous appris de ceux qui se sont sacrifiés pour la France et leurs enfants lors de ces deux guerres et des autres conflits ( Algérie par exemple). je n’en suis pas si sûre , quand on voit le comportement de certain(e)s.
    N’oublions jamais ..

  2. Remarque de mon historien préféré : les premiers monuments aux morts ont été érigés après la guerre de 1870

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *