Le texte qui pourrait décider de votre avenir
Le texte qui pourrait décider de votre avenir

Le texte qui pourrait décider de votre avenir

cap plougonvelin philippe ris

Date : 19/05/2025

Sujet : analyse du SCoT du pays de Brest pour la CCPI et Plougonvelin.


e Schéma de Cohérence Territoriale (SCoT) du Pays de Brest, révisé pour la dernière fois en 2019, est un document stratégique à l’échelle intercommunale qui encadre l’aménagement et le développement du territoire pour les prochaines années. Une nouvelle évolution est proposée. Il s’applique à un vaste périmètre autour de la métropole brestoise, incluant la Communauté de Communes du Pays d’Iroise (CCPI), dont fait partie Plougonvelin.
Ce texte s’intercale entre les textes européens, la loi nationale et le STRADDET (Schéma Régional d’Aménagement, de Développement Durable et d’Égalité des Territoires) d’un côté, et les PLUi ( plan local d’urbanisme intercommunal) / PLU de l’autre.

Il est actuellement soumis aux communes et fera l’objet d’une enquête publique à l’automne 2025.

Un texte qui tombe à point nommé

Les textes qui structurent la vie des collectivités ont leurs propres rythmes de vie, mais il faut bien avouer que celui-la arrive à un moment particulièrement favorable pour un horizon pertinent.

Le SCoT est un texte pour le temps long, ici vingt-cinq ans. Or les vingt-cinq dernières années nous ont permis de radicalement nous remettre en question et de repenser l’avenir. Demain n’aura rien à voir avec hier et ce texte l’acte clairement en posant le changement climatique comme un élément structurant fondamental. Il y a six ans j’osais à peine rêver d’en arriver à ce point de clairvoyance partagé !

Aujourd’hui, il est fondamental de se doter d’un texte stratégique prenant à bras le corps l’urgence climatique que nous avions essayé de porter au sein des conseils municipaux avec le collectifs des citoyens d’Iroise. Le SCoT pourrait servir à cela.

Ce texte arrive également un peu moins d’un an avant les élections municipales de 2026 et les candidats qui jusqu’ici avaient raté cette composante de la vie communale ont l’occasion de corriger leurs erreurs : ce sont les futures majorités élues en 2026 qui auront la charge de mettre en musique la première phase du texte pour 2026-2035.

Et pourtant…

Les espoirs soulevés par ce nouveau SCoT sont hélas à tempérer : le texte est plus que bancale et les mauvaises habitudes se cachent au coin du bois.

Reprenons les choses. Pour Plougonvelin, ce texte avance des éléments forts :

  • Reconnaissance du rôle structurant de Plougonvelin : le SCoT classe la commune comme pôle local du Pays d’Iroise, avec des fonctions de centralité pour le logement, les commerces et les services. Cela renforce sa position au sein de la CCPI, dans un contexte de pression démographique et touristique.
  • Prise en compte des risques littoraux : la stratégie régionale prévoit l’intégration de l’érosion côtière et des submersions dans les documents d’urbanisme. Plougonvelin est concernée directement par ces menaces sur plusieurs secteurs mais principalement le Trez-Hir. La complémentarité entre le SCoT et la stratégie GEMAPI de la CCPI (document UNIMA 2024) est cohérente.
  • Promotion de la sobriété foncière : le SCoT s’aligne avec la loi ZAN pour viser une réduction de 50 % de l’artificialisation d’ici 2031, et tendre vers zéro en 2050. Il propose des solutions théoriques adaptées à des communes à forte attractivité comme Plougonvelin : densification, reconversion, usage du bâti vacant, revitalisation du centre-bourg.

Cela serait vraiment parfait si…

Des risques climatiques à court terme sous-estimés

En matière de changement climatique, il faut considérer que dès que l’on vous donne un horizon à 2100 cela signifie que l’on vous raconte une histoire qui n’a à peu près aucune chance d’être vraie. Tant que nous n’avions pas franchi la limite de +1.5°C de réchauffement planétaire, on pouvait espérer se projeter aussi loin. Mais depuis que cette limite a été cassée, les modèles scientifiques sont entrés dans une zone « non linéaire ». Dit de façon simple, dans cette zone des phénomènes vont se produire (dégazages terrestres ou maritimes, débâcles glacières, effondrement des courants marins,  effondrement environnementaux, …) qui rendent les prévisions à long terme impossibles. On sait que cela va se produire mais on ne sait pas quand ni dans quelle ampleur, ni même parfois dans quel sens.
L’horizon acceptable de prévision est 2030-2050 et il se trouve que c’est celui du SCoT… qui parle du climat de 2100 et pas de celui de 2030-2050. Or aussi bien le ministère que le rapport Unima pour la CCPI donnent des hypothèses de travail sur cet horizon. Choisir 2100 c’est au minimum un manque de rigueur et au pire une volonté de mentir en enterrant le problème (qui est concerné par 2100 ?).

Les hypothèses de travail à retenir

  • Les projections climatiques du GIEC (IPCC, 2021 – AR6) montrent qu’à l’horizon 2050 (scénario SSP5-8.5, fortes émissions), l’élévation moyenne du niveau de la mer pourrait atteindre :
    • +30 à +40 cm à l’échelle mondiale ;
    • Des pics régionaux plus marqués sur les côtes atlantiques françaises à cause des vents dominants et des marées (source : GIEC 2021, Résumé à l’intention des décideurs ; CNRM-Météo-France 2022).
  • Dans un scénario combinant montée des eaux + tempête + marée haute, les submersions marines pourraient toucher jusqu’à 10 à 15 % de la surface urbanisée de Plougonvelin, notamment au TrezHir.

Or, le SCoT reste flou sur les mécanismes d’anticipation (retrait stratégique, gel d’urbanisation, requalification).
Conclusion : L’horizon 2050 n’est plus lointain, et les impacts seront déjà significatifs et commenceront très probablement à être visibles dès le prochain mandat. Le SCoT aurait dû proposer un cadre opérationnel plus fort (zonages gelés, cartographies obligatoires intégrées, relocalisation anticipée, …).

Du non-dit

Dans les bonnes intentions du SCoT on trouve la volonté d’arrêter de manger des terres agricoles au profit de l’urbanisme, en particulier en appliquant la loi dite ZAN (Zéro Artificialisation Nette). Mais ce qui n’est pas dit c’est que cette loi est attaquée de toutes parts pour être vidée de ses effets ;  plusieurs réformes récentes viennent affaiblir cette ambition, notamment :

  • La loi du 20 juillet 2023, qui introduit une « garantie communale » d’1 ha artificialisable par commune, même sans justification démographique ;
  • Le retrait du caractère contraignant des objectifs dans les SRADDET ;
  • La pression parlementaire croissante pour protéger les marges de manœuvre des maires.

Conséquence pour Plougonvelin :

  • les objectifs chiffrés du SCoT (réduction de 50 % de la consommation foncière 2021–2031) risquent de ne pas être respectés ;
  • L’encadrement intercommunal pourrait être contourné via des ajustements locaux sous pression des promoteurs ou des élus ;
  • Le manque de logement abordable à Plougonvelin risque de se renforcer, sans pouvoir ouvrir suffisamment de zones nouvelles ou des mécanismes permettant de baisser les coûts.

On ne manquera pas de remarquer que c’est en partie sur les restrictions de construction que certains Maires d’Iroise s’opposent au SCoT.

Mais ce n’est pas tout.

Des injonctions contradictoires

Certains Maires veulent continuer à construire autant qu’ils le jugent nécessaires. Cela peut d’ailleurs répondre aux conséquences démographiques relevées dans le SCoT, au besoin de loger les jeunes et les saisonniers puisque le texte fait le choix de développer le tourisme et l’activité économique.

Mais cela s’oppose frontalement à la loi ZAN (d’où l’intérêt de s’en débarrasser selon certains) mais aussi au changement climatique qui aura deux conséquences directes sur le logement :

  • la montée des eaux va supprimer des possibilités de construire et des logements existants (nous avons estimé à quelques dizaines de bâtiments au TrezHir d’ici 2050)
  • la montée des températures va accélérer les mouvements intra-migratoires des Français qui auront les moyens de fuir les régions où il faut trop chaud ou trop sec, ou qui seront forcés de fuir : la mer a déjà obligé des gens à fuir leur habitation et cela va s’amplifier.

Le SCoT passe à travers cette conséquence et incite à continuer à construire en sous-estimant et en prétendant utiliser moins de terrain, sans se préoccuper objectivement des ressources disponibles. C’est dramatique !

Conclusion

Nous aurons très probablement l’occasion de revenir sur ce texte car la présente analyse n’aborde pas la question des transports ni celle de la résilience énergétique, entre autres.

Notre conclusion est que ce texte aurait tout pour être pertinent s’il prenait les bonnes hypothèses de départ et en tirait toutes les conséquences. Ce texte est également parasité par des non-dits politiciens très dommageables.

C’est pourquoi nous sommes défavorables à son adoption en l’état.

Notre intervention au conseil

Mes chers collègues,

Nous sommes aujourd’hui appelés à nous prononcer sur la révision du Schéma de Cohérence Territoriale du Pays de Brest, un document stratégique qui encadre l’aménagement de notre territoire jusqu’en 2050.

À première vue, ce texte arrive à un moment bien choisi. Il prend acte de la rupture historique que nous vivons : le dérèglement climatique, les limites du modèle d’urbanisation extensif, et la nécessité d’un nouveau cap. Il s’inscrit sur le long terme, avec une vision sur 25 ans. Mais cette vision est-elle la bonne ? C’est là que le bât blesse.

Le SCoT affiche plusieurs avancées importantes pour Plougonvelin :

Il reconnaît notre commune comme un pôle local structurant, ce qui renforce notre place dans la planification intercommunale.

Il prend en compte les risques littoraux, notamment au Trez-Hir, en lien avec la stratégie GEMAPI et les travaux du rapport UNIMA.

Il s’aligne avec la loi ZAN et affiche une volonté de sobriété foncière, en encourageant la densification douce et la reconversion des bâtis existants.

Mais ces bonnes intentions sont fragilisées par plusieurs limites majeures :

Premièrement, le SCoT s’appuie sur des projections climatiques à 2100, alors que les effets majeurs du changement climatique seront visibles bien avant, entre 2030 et 2050. D’après le GIEC, on peut s’attendre à une montée des eaux de +30 à +40 cm dès 2050. À Plougonvelin, cela pourrait concerner 10 à 15 % de la surface urbanisée, en particulier au Trez-Hir. Et pourtant, le SCoT ne propose aucun outil clair de retrait stratégique ou de gel d’urbanisation dans ces zones à risque.

Deuxièmement, la loi ZAN, censée protéger les terres agricoles et réduire l’artificialisation, est aujourd’hui fragilisée par des réformes successives. Une garantie minimale d’1 hectare constructible par commune a été introduite, et les objectifs sont de moins en moins contraignants. Cela crée un risque réel : que les ambitions affichées du SCoT ne soient jamais traduites dans les faits, notamment sous pression des promoteurs ou pour des raisons électorales.

Troisièmement, le texte évacue les contradictions majeures entre les objectifs :

On veut loger plus de jeunes, de saisonniers, développer l’économie et le tourisme ;

Mais on refuse d’artificialiser davantage ;

Et on ignore que la montée des eaux va supprimer des logements existants, forcer des relocalisations et provoquer des mouvements de population importants dans notre pays.

Ces contradictions sont tout simplement passées sous silence, alors qu’elles seront au cœur des décisions locales dès le prochain mandat municipal.

En conclusion, ce SCoT aurait pu être un excellent document. Il contient des intentions pertinentes, mais repose sur des hypothèses fausses ou dépassées, et il évite de traiter les véritables nœuds politiques du territoire.

C’est pourquoi, en l’état actuel, nous ne pouvons pas donner un avis favorable à son adoption.

Je vous remercie.

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