Changement climatique : un défi à 4 milliards
Résumé
En janvier 2025, l’Institute and Faculty of Actuaries et l’Université d’Exeter ont publié Planetary Solvency, un rapport qui applique les méthodes de gestion des risques à l’ensemble du système Terre.
Parmi les scénarios extrêmes envisagés figure celui d’un réchauffement de +3 °C associé à des impacts pouvant aller jusqu’à plusieurs milliards de morts et à une chute majeure de l’économie mondiale. Ce chiffre n’est pas une prévision scientifique : il correspond à une catégorie de risque utilisée par les actuaires.
L’article examine cette différence de regard entre actuaires, scientifiques et responsables politiques, puis pose la question de ce que nous devons, en tant que citoyens, comprendre et faire face à un risque climatique dont les conséquences deviennent de plus en plus concrètes.
1. Trois façons, plus une, de traiter une question à 4 milliards
En janvier 2025, The Institute and Faculty of Actuaries et l’Université d’Exeter (Royaume Uni), ont publié une étude prospective « Planetary Solvency – finding our balance with nature Global risk management for human prosperity ». Leur objectif : regarder le changement climatique non seulement comme un problème environnemental, mais comme un risque global pour nos sociétés.
Le rapport examine notamment les conséquences possibles sur l’économie, l’alimentation, l’eau, les migrations, les conflits et la mortalité.
Les risques d’impacts avancés stupéfient : 4 milliards de morts, perte de 50 % du PIB mondial dans le cas extrême d’une hausse de température à +3°C.
Nous ne sommes pas encore à une telle augmentation, mais l’Europe occidentale a pu expérimenter entre mai et juillet 2026 ce que représente une augmentation entre 2,5°C et 3°C au-dessus des normales (sans doute de l’ordre de +3,5°C en août en France). Cet événement météorologique ne définit pas le niveau du futur climat, mais il s’inscrit dans une suite déjà longue de records de chaleur, qui vont dans le même sens en accentuant la tendance.
1.1. Un décryptage nécessaire
Tout ceci mérite d’être décrypté du point de vue du discours des différents acteurs. La vérité, malgré ce que l’on pourrait croire naïvement, n’est en rien universelle ; elle est liée à une logique propre à son métier ou sa discipline, au mieux aux choix d’axiomes. Et si les discours des scientifiques, des politiques ou ici des actuaires ne sont pas les mêmes face aux mêmes phénomènes , il est important de comprendre pourquoi de façon à mieux comprendre quels sont les impacts pour chacun, et donc décider et agir en conséquence.
Car là est bien l’essentiel : quel que soit notre avenir, il faut sortir de la stupeur ou du déni pour passer à l’action.
1.2. La vérité des actuaires sur les 4 milliards de morts
Un actuaire est un spécialiste de l’évaluation et de la gestion des risques. Il utilise principalement les mathématiques, les statistiques, les probabilités et les modèles financiers pour estimer la fréquence et le coût potentiel d’événements incertains.
Il a nécessairement une formation scientifique mais ce n’est pas un scientifique. On peut le définir comme un technicien utilisant l’ingénierie mathématique pour évaluer les risques.
Il travaille surtout dans l’assurance, la réassurance, les retraites, la finance et la gestion des risques. Son rôle consiste notamment à répondre à des questions comme : « quelle est la probabilité qu’un événement se produise ? », « quelles pourraient en être les conséquences ? » et « quelles ressources faut-il prévoir pour y faire face ? ».
Il est aussi important de noter que la vérité de l’actuaire n’est pas la vérité du scientifique au sens rhétorique du terme.
1.3. La vérité des scientifiques
1.4. La vérité des décideurs politiques
La vérité en politique existe (même si on peut souvent en douter…) mais elle est d’une toute autre nature. D’abord parce qu’en démocratie, l’élection peut parfaitement prendre le pas sur un choix ou une action politique « vraie ». Il ne sert à rien d’avoir raison si on n’est pas élu et donc pas en capacité d’agir.
La décision politique consiste à arbitrer entre risques, coûts, intérêts (normalement publics), valeurs et horizons temporels, à partir d’informations qui sont souvent imparfaites.
C’est une des raisons pour lesquelles extrêmement peu de politiques élus ont pris en compte l’urgence climatique dans leurs actions. On ne se fait pas élire sur de mauvaises nouvelles, sur d’énormes défis et difficultés à surmonter. La sueur et le sang c’est pour le temps de guerre, pas avant la guerre.
Une autre raison est, à mon sens et par expérience, que contrairement aux actuaires, le personnel politique n’est pas loin d’être analphabète en matière scientifique (voir ci-dessous en annexe le tableau de la formation de ceux qui ont dirigé la France ces vingt dernières années). Ils sont formés pour la communication et les affaires, pas pour la science. Un quart de siècle de mauvaises décisions (et deux condamnations pour inaction climatique de l’État français) privilégiant les aspects économiques souvent contre la rationalité scientifique ou simplement technique ont contribué au retard français en matière d’atténuation et d’adaptation.
En matière de changement climatique, c’est un drame même si une lecture possible de l’étude Planetary Solvency met aussi l’accent sur la chute drastique du PIB (seul élément un peu repris par la presse).
Cependant, même les politiques plus éclairés qui veulent sincèrement agir doivent construire leur vérité politique, c’est-à-dire qu’ils doivent aboutir à conclure sur ce qu’ils croient qu’il est nécessaire de faire pour le bien public pour la durée de leur mandat, éventuellement du suivant. Or ici, il s’agit de croyance, d’intuition à partir d’éléments scientifiques non ou imparfaitement consolidés.
Le politique ne peut pas appliquer la vérité scientifique, même s’il doit en tenir compte.
Il ne peut pas plus appliquer la vérité de l’actuaire / l’assureur, même s’il doit en tenir compte.
La vérité politique est une vision, une ambition, un pari pour la collectivité et une capacité charismatique pour la partager. Pour l’instant, une telle vérité politique et de tels élus n’existent pas.
2. Et notre vérité à nous ?
L’été 2026 aura marqué nos vies comme un coup de soleil marque nos peaux.
Que nous soyons climato-négationnistes, indifférents ou conscients des impacts du défi climatique, il n’est pas possible de considérer 2026 comme une année normale. Et l’année n’est pas finie. Et Godzilla El Niño sera à son maximum en fin d’année 2026, au plus tard début 2027.
Des trois vérités traitées ici sur les impacts du changement climatique, c’est sans doute pour nous celle des actuaires qui va nous toucher le plus directement et va nous obliger à réagir rapidement.
Les dégâts économiques et les morts envisagés vont très probablement entraîner rapidement une réévaluation des contrats d’assurances : à coup sûr plus chers et peut-être même que les assureurs vont refuser d’assurer certains cas (certaines communes ne sont déjà plus complètement assurables en France). Si vous avez une chance sur deux de mourir rapidement, ce n’est plus un aléa et aucun assureur n’acceptera de vous faire une assurance décès à un tarif acceptable.
C’est vrai pour ce cas extrême, mais c’est également vrai pour beaucoup de situations (inondations, submersions, feux, rétractation des sols argileux, effondrements de terrain, pertes de récoltes et de cheptel, …).
Notre vérité commence par comprendre les discours de chacun, de voir les choses telles qu’elles sont, de voter avec plus de sagesse, de mettre en place pour nous-mêmes des éléments protecteurs répondant au défi climatique.
L’acceptation n’est pas la résignation. Pour agir nous devons comprendre ce qui va changer dans notre quotidien, pour notre famille et décider de façon individuelle, et si possible collective, ce qui nous permettra d’amortir le choc et de repartir, de reconstruire le monde d’après.
Annexe : les formations de nos politiques
Dans ce tableau, ont été retenus les présidents, premiers ministres et ministres d’État de la France sur les 20 dernières années .
|
Personnalité |
Fonction sur la période |
Formation supérieure principale |
Filière dominante |
|---|---|---|---|
|
Jacques Chirac |
Président jusqu’en 2007 |
Sciences Po Paris, ENA |
Sciences politiques / administration |
|
Nicolas Sarkozy |
Ministre d’État puis président 2007-2012 |
Maîtrise de droit privé, Sciences Po, CAPA |
Droit / sciences politiques |
|
François Hollande |
Président 2012-2017 |
HEC, Sciences Po, ENA |
Gestion / sciences politiques / administration |
|
Emmanuel Macron |
Président depuis 2017 |
Philosophie, Sciences Po, ENA |
Lettres-philosophie / sciences politiques / administration |
|
Dominique de Villepin |
Premier ministre jusqu’en 2007 |
Droit, Sciences Po, ENA |
Droit / sciences politiques / administration |
|
François Fillon |
Premier ministre 2007-2012 |
Maîtrise et DEA de droit public |
Droit |
|
Jean-Marc Ayrault |
Premier ministre 2012-2014 |
Licence d’allemand, CAPES |
Lettres / langues |
|
Manuel Valls |
Premier ministre 2014-2016 ; ministre d’État 2024-2025 |
Licence d’histoire, Paris-I |
Histoire |
|
Bernard Cazeneuve |
Premier ministre 2016-2017 |
IEP Bordeaux, droit public |
Sciences politiques / droit |
|
Édouard Philippe |
Premier ministre 2017-2020 |
Sciences Po, ENA |
Sciences politiques / administration |
|
Jean Castex |
Premier ministre 2020-2022 |
Histoire, Sciences Po, ENA |
Histoire / sciences politiques / administration |
|
Élisabeth Borne |
Première ministre 2022-2024 ; ministre d’État 2024-2025 |
École polytechnique, École des Ponts, Collège des ingénieurs |
Sciences / ingénierie |
|
Gabriel Attal |
Premier ministre 2024 |
Sciences Po Paris, études à Paris-II Assas |
Sciences politiques / droit |
|
Michel Barnier |
Premier ministre 2024 |
ESCP |
Commerce / gestion |
|
François Bayrou |
Ministre d’État 2017 ; Premier ministre 2024-2025 |
Agrégation de lettres classiques |
Lettres |
|
Sébastien Lecornu |
Premier ministre depuis 2025 |
Études de droit, Paris-II Panthéon-Assas |
Droit |
|
Alain Juppé |
Ministre d’État 2007 et 2010-2012 |
ENS Ulm, agrégation de lettres classiques, Sciences Po, ENA |
Lettres / sciences politiques / administration |
|
Jean-Louis Borloo |
Ministre d’État 2007-2010 |
Droit, philosophie, économie, MBA HEC |
Droit / économie / gestion |
|
Michèle Alliot-Marie |
Ministre d’État 2009-2011 |
Doctorat de droit, doctorat de science politique, ethnologie |
Droit / sciences politiques |
|
Gérard Collomb |
Ministre d’État 2017-2018 |
Agrégation de lettres classiques |
Lettres |
|
Nicolas Hulot |
Ministre d’État 2017-2018 |
Études de médecine interrompues après quelques mois |
Pas de diplôme supérieur |
|
Gérald Darmanin |
Ministre d’État 2024-2025 |
IEP de Lille |
Sciences politiques |
|
Bruno Retailleau |
Ministre d’État 2024-2025 |
Maîtrise de sciences économiques, Sciences Po Paris |
Économie / sciences politiques |
|
Bruno Le Maire |
Ministre d’État brièvement en octobre 2025 |
ENS, agrégation de lettres modernes, Sciences Po, ENA |
Lettres / sciences politiques / administration |
