Retour dans le passé : notre appel à la déclaration d’urgence climatique.
Date : 25/05/2025
Sujet : Une actualité de France3 et le dernier conseil municipal consacré au SCoT nous permettent de faire le point sur les impacts du changement climatique à Plougonvelin.
a lutte contre les impacts du changement climatique est pour nous un combat constant à Plougonvelin depuis plus de cinq ans.
Ce combat n’a pas été mené seul et uniquement dans notre commune, nous avions en particulier été un des acteurs de l’appel du collectif des Citoyens d’Iroise à la déclaration d’Urgence Climatique dans nos communes.
Cinq ans alternant moqueries, dénis ou silences « pudiques »… jusqu’à la semaine dernière. En effet, deux événements, a priori sans rapport, ont eu lieu et ils changent complètement les choses.
Le SCoT, un texte qui tombe à pic
Comme nous l’avons déjà expliqué dans un billet précédent, le Schéma de Cohérence Territorial fait partie de ces textes (longs, très longs…) qui sont très importants pour la vie locale : il structure et contraint le développement de nos communes sur les 20 à 25 ans à venir.
Hélas, si le Rubicon a bien été franchi, la version actuelle du SCot est viciée par des manques :
- dans ses hypothèses de départ (projections démographiques basées sur le passé et n’actant pas justement des effets du changement climatique, absence de la prise en compte des effets intra-migratoires liés au climat et au recul du trait de côte ou encore des changements économiques actuels et futurs induits par l’évolution de la société et du climat),
- un horizon irréaliste fixé à 2100 ce qui crée un sentiment de « cela ne me concerne pas » et qui de toute façon n’a pas de sens car cet horizon est trop lointain pour que les prévisions soient crédibles.
Tout cela aboutit à un texte dense, certes documenté, mais produisant des incohérences et des injonctions contradictoires telles « qu’il faut loger plus de monde en construisant moins« , « il faut développer le tourisme sans chercher à comprendre l’impact de la montée des eaux sur cette activité« , « il faut accueillir plus de gens sans mettre en pré-requis la soutenabilité de cette croissance en matière de ressources (eau, énergie, transport en particulier)« .
En fait, la majorité des éléments à considérer est dans ce texte, mais pas dans le bon ordre de priorité, pas avec les bonnes hypothèses, pas en menant le raisonnement jusqu’au bout. En conséquence, la majorité des communes ont rejeté ce texte, sans cependant que ce rejet ait la même signification pour chacun.
Bon courage aux élus qui devront dès l’année prochaine inscrire leurs actions communales dans ce brouillard incohérent !
France3 et le reportage qui tombe à pic aussi !
Le débat communal sur le SCoT était à peine fini que France3 nous offrait un reportage de son feuilleton consacré « à la gestion des risques côtiers », à Plougonvelin. L’élément essentiel de ce reportage est la maison que tous les Plougonvelinois connaissent puisqu’elle est actuellement en cours d’achèvement au bout de la plage du TrezHir.
;Ce reportage est particulièrement instructif à bien des titres (à partir de 17’30 »), nous allons l’analyser.
Un exemple d’adaptation à la montée des eaux
La propriétaire (aussi 1ère adjointe de la commune), nous explique qu’il y avait à cet endroit déjà une maison ancienne qui « n’était pas du tout adaptée à une éventuelle montée des eaux » (NB : on note au passage le « éventuel », complété un peu plus loin par un « en cas de montée des eaux » ; la réalité du changement climatique progresse dans les esprits, mais il reste de vieux réflexes…).
Les faits étant ce qu’ils sont, cette propriétaire a finalement compris que si elle ne faisait rien, sa maison serait inhabitable à court ou moyen terme. Plusieurs décisions ont alors été prises :
- raser la vieille maison
- cuveler le sous-sol pour le rendre et faire des murs en béton banché (comme pour une piscine)
Il nous paraît utile d’analyser ce choix qui rappelle l’auge en granit de Saint Budoc.
- Tout d’abord, le choix de la destruction / reconstruction n’est possible que pour les plus riches des propriétaires, c’est évidemment inapplicable pour des Plougonvelinois même un peu aisés.
- En zone littoral, la reconstruction d’un bâtiment est extrêmement contrainte ( loi Littoral n°86-2 du 3 janvier 1986). Obtenir une autorisation pour une reconstruction à l’identique ou équivalente ne va pas de soi. Pour un citoyen lambda qui se lancerait demain, la négociation avec l’administration risque de s’achever après les premiers effets de la montée des eaux…
- Dans l’hypothèse où tout se passe au mieux, le fait d’être au sec dans sa maison ne résout pas tous les problèmes : l’alimentation électrique, l’alimentation en eau potable, l’évacuation des eaux usées, la connexion à la fibre ne sont absolument plus garantis s’ils sont sous l’eau. Par ailleurs, tel Saint Budoc, la famille sera isolée sur son bateau de pierre plusieurs fois par jour à terme et devra s’apprêter à affronter les tempêtes.
Les curieuses explications des élus
Après une courte séquence sur la surveillance du littoral et les travaux scientifiques, le reportage arrive à l’interview de deux élus.
L’adjointe à l’urbanisme de Plougonvelin commence par nous expliquer que « pour les propriétaires c’est compliqué de leur dire bin non, vous ne pouvez plus faire ci, vous ne pouvez pas faire une extension, les gens sont pas d’accord« .
Cette déclaration mérite que l’on s’y arrête.
- Expliquer les effets à 2030 et 2050 du changement climatique n’a absolument rien de compliqué ! Nous l’avons fait lors de réunions publiques (voir en particulier ici), c’était un point important de notre programme en 2020, des statistiques existent.
- Ce qui est compliqué par contre c’est être objectif, factuel et de prendre ses responsabilités d’élu. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai demandé en conseil municipal à ce que le Plan Local d’Urbanisme soit modifié pour que l’on ne puisse plus construire en zone identifiée comme submersible, ainsi que sur les falaises dont le risque d’effondrement est avéré. L’idée est simple : si on ne construit pas, on n’a pas de famille qui devra abandonner son logement. C’est du bon sens mais cela m’a toujours été refusé.
- Pour ceux qui ont construit depuis longtemps, une municipalité responsable se doit d’informer sa population, aussi souvent que nécessaire. Et un élu responsable se doit de faire des choix politiques clairs et les communiquer, quitte à en entendre des vertes et des pas mûres ! Un élu n’est ni le perroquet des scientifiques qui attend des certitudes ne venant pas, ni une carmélite qui prie en silence.
- L’adjointe à l’urbanisme nous annonce avoir choisi une limite de montée des eaux à 5m « pour être sûr de ne plus avoir de problèmes dans le futur« . Ça c’est un véritable coup de tonnerre pour les habitants du TrezHir. Pour la première fois, enfin, la position officielle de la municipalité est de dire que tout ce qui est actuellement entre le niveau de la mer et 5m au-dessus a toutes les chances d’être impacté par la montée des eaux. Et si l’on en croit l’exemple de la maison de la 1ère adjointe, des travaux de grande ampleur seront nécessaires pour peut-être sauver leur habitation. Plougonvelinois du TrezHir il est désormais urgent de vous informer sur votre avenir à court et moyen terme ! Toute l’équipe de Cap Plougonvelin sera ravie de vous donner ces informations et de discuter avec vous des choix possibles.
L’intervention du vice-Président de la CCPI et Maire de Trebabu est plus qu’étonnante : « On ne va pas faire un document d’urbanisme en ne tenant pas compte de la submersion« .
Dommage que ce soit précisément ce qui a été fait ces dernières années, en particulier à Plougonvelin où plusieurs révisions du PLU ont été soumises au conseil municipal sans interdiction de construire sur les zones condamnées.
Et puis, aïe, l’aveu final « on ne va pas indemniser des personnes dans 50 ans ou 80 ans ou 100 ans qu’on a laissé construire ou donner l’autorisation dans des secteurs à risque« . Au passage on remarquera un reste de déni implicite (le sujet deviendra critique bien avant 50 ans !). Cet élu nous donne en fait la procédure pour entamer les procès à venir contre la commune et aussi bien la 1ère adjointe que l’adjointe à l’urbanisme ont donné de quoi remplir le dossier de la plainte dans ce reportage de 3mn. On savait que cela finirait par arriver. On pouvait proposer des choses avant que cela n’arrive.
Entre déni et sauve-qui-peut, oui, les habitants du TrezHir comme les municipalités présentes et à venir ont un gros, très gros problème avec les impacts à court et moyen terme du changement climatique. Le seul espoir pour s’en tirer serait une brutale inversion vers une ère glaciaire. Saint Budoc serait sauvé des eaux mais pas sûr que la glace soit mieux que la submersion.
Quelques précisions
Pourquoi l’adjointe à l’urbanisme parle-t-elle d’une limite de 5m au-dessus du niveau de la mer ? Je ne sais pas trop dire d’où vient ce chiffre, mais il a le mérite d’être prudent.
Le chiffre d’une élévation de 1m qui était mon hypothèse il y a 6 ans est clairement dépassé. Aujourd’hui l’administration est passée à 1,1m dans beaucoup de documents, une estimation courante des scientifiques est de 2 à 4m d’ici 2100. Mais comme je l’ai écrit, un tel horizon n’est pas du tout fiable depuis que l’on a cassé les 1.5°C d’augmentation de la température planétaire et que les modèles doivent être retravaillés. En effet des phénomènes vont s’enclencher qui ne sont pas forcément pris dans les modèles actuels.
À titre d’exemple, nous avons un risque de débâcle des calottes glaciaires. Si la calotte du Groenland partait dans sa totalité dans l’Atlantique, l’eau monterait rapidement d’environ 7m.
Inversement, si le courant AMOC qui fait le tour de l’Atlantique venait à caler, nous pourrions nous retrouver dans une ère glaciaire et le niveau d’eau baisserait.
Restons-en donc à un horizon prévisible sur lequel nous avons prise : 2030 – 2050.
Conclusion
Depuis 2019, comme tête de liste de Cap Plougonvelin j’ai mené un combat politique qui a défendu une vision pertinente des impacts du changement climatique à Plougonvelin. Nous l’avons fait devant la population et au sein du conseil municipal aussi souvent que nous le pouvions.
Jusqu’à cette fin de mai 2025, la position officielle était soit de nier, soit d’ignorer nos alertes. Aujourd’hui, aussi bien la 1ère adjointe par ses choix personnels que l’adjointe à l’urbanisme par ses déclarations publiques actent de l’urgence climatique et de l’ampleur des impacts du changement climatique.
Ces impacts sont pour nous d’abord humains. L’idée de devoir abandonner son logement dans de telles conditions est un choc profond pour une famille.
Il sera aussi financier, ce qui pourrait créer de fortes tensions entre les habitants qui ont les moyens de faire de très lourds travaux et les autres.
La délocalisation des personnes chassées de chez elles créera également des flux intra-migratoires qui ne sont pas pris en compte dans des documents comme le SCoT. L’économie sera forcément impactée.
Il reste peu de temps pour se préparer. Nous n’éviterons pas tout, mais nous pouvons retarder le moment où il faudra évacuer et diminuer les impacts humains. Cap Plougonvelin y a réfléchi depuis longtemps même si la presse, comme ici avec France3, n’a jamais jugé bon de nous donner la parole et de nous aider à vous informer.
Saint Budoc traversant la mer sur son auge de pierre est une jolie légende locale. Il faudra plus que de la foi à la prochaine municipalité pour affronter ces problèmes.

tu as tout dit. Merci, Philippe